Un chef-d’oeuvre de la Playstation 1.

En 1997, la mode était de produire des jeux en 3D, tirant partie du processeur 32 bits de la Playstation. C’était très sympa bien sur, si on arrivait à faire abstraction des problèmes de caméra et de la pauvreté des graphismes. À l’époque, quand j’ai découvert cet épisode de Castlevania en 2D qui fleurait bon l’anachronisme, associé avec un gameplay parfaitement dosé, j’étais ravi de ce retour aux sources !

Le bestiaire de Castlevania: Symphony Of The Night ne cessera de vous surprendre

Les premiers instants sont grisants, on se sent invincible dans la peau de Richter, puissant chasseur de vampire et d’Alucard, fils de Dracula (et joli palindrome de surcroît). Les animations et la direction artistique sont ô combien classieux, avec une animation hyper-fluide et des effets stylistiques (mouvement de la cape, combats…) vraiment chiadés. Cette débauche de pouvoir et de classe nous amène vite à prendre conscience que nous incarnons non pas de simples mortels, mais des héros légendaires. C’est grisant !

Mais très vite, la donne change : d’abord parce que le bestiaire est très fournit – et généralement bien plus impressionnant que votre personnage – puis surtout à cause du scénario qui vous prive rapidement de votre équipement ancestral uber-puissant. Il faut alors apprendre à faire avec finesse, identifier les paterns des ennemis, découvrir les sorts et surtout s’équiper. En effet, le jeu est centré sur une progression mêlant avec brio des éléments de RPG (montée de niveau, équipement du personnage) et d’un zelda-like (découvrir de nouvelles capacités à travers des pouvoirs / objets pour débloquer de nouvelles zones précédemment inaccessibles).

Il vous parait gros ? Au bout de quelques heures, vous allez rencontrer des adversaires qui ne tiennent même plus dans l’écran de jeu 😱

La progression est corsée, on se sent parfois perdu, certains boss au début de l’aventure demandent un peu de concentration mais le cocktail est vraiment excellent : on s’accroche et on veut explorer cette immense forteresse ! D’autant que les salles de sauvegardes sont généreusement bien placées, restaurent votre vie et évitent au jeu de prendre une tournure trop punitive. On prend de plus en plus de plaisir à faire évoluer son personnage, débloquer les transformations en loup-garous, chauve-souris ou brume, avec d’autres capacités (double-saut, nage…) tout en découvrant de nouvelles ailes du château (bibliothèque, vavernes, tour de l’horloge…) avec à chaque fois une identité visuelle et sonore totalement unique !

L’austère écran d’inventaire et ses malheureuses traductions FR. Les captures proviennent de la version ‘remasterisé’ sur PS4

Musique symphonique

Justement, un des aspect qui m’a immédiatement séduit était la qualité de la bande-son. Epique, rythmée et parfaitement en phase avec le gameplay, elle contribue à l’immersion et aide à plonger dans l’univers de Dracula. Non vraiment, c’était extraordinaire, mes félicitations à Michiru Yamane pour cette prouesse. D’ailleurs, je n’ai retrouvé pareille osmose entre un jeu et sa musique que 15 ans plus tard dans Hotline Miami.

Pour la petite anecdote, sachez qu’en insérant le cd-rom du jeu dans une chaîne audio, on entend alors un bruit blanc désagréable. Mais si on a la bonne idée de passer à la chanson suivante, une belle surprise vous attend : Alucard prend alors la parole pour vous annoncer “As you can see this is a playstation black disc cut number 1 contains computer data so please don’t play it. But you probably won’t listen to me anyway, will you.” Et vous voilà avec une partie de la BO 😀

Un extrait de la BO, quand on insère le jeu dans un lecteur CD audio

Renversant. (Spoiler)

Le plus incroyable dans ce jeu, c’est que la plupart des joueurs passent à côté de plus de la moitié de son contenu.

200,6% sinon rien

Et oui, sauf à fouiller méthodiquement chaque salle et à percer leurs nombreux secrets, vous avez toutes les chances de tuer Richter et de conclure le jeu ainsi. Et à rater une grande partie de l’histoire… sans que le jeu ne vous donne le moindre indice qu’il y a plus à découvrir. Le tout à une époque ou internet n’existait pas. J’ADORE ce partie pris vraiment couillu car on ne le voit absolument plus dans la plupart des productions actuelles. C’était le genre de mécanique qui était assez courantes il y a 20 ans mais qui sont devenu trop risqués dans un monde où les coûts de développement explosent et qui obligent les studios à orienter le game design pour faire plaisir aux actionnaires plutôt qu’à innover, prendre des risques et à surprendre les joueurs. Car ouai, Castlevania SOTN, est considéré comme terminé à 200,6 %. Car un deuxième château inversé est caché et contient la véritable suite de l’aventure. Impossible d’obtenir la vraie fin du jeu sans le parcourir et la durée de vie est plus que doublée (et le fun !).

Bravo ! Vous avez fait la moitié du jeu 😜

En conclusion

Exigeant, envoutant et unique, pour moi le meilleur des Castlevania et sans AUCUN doute possible un grand classique de la playstation 1. Probablement difficile à découvrir aujourd’hui mais il en vaut la peine !