Nouvelle incursion dans l’univers d’Hyrule avec une aventure radicalement différente des codes de la saga. Il faut reconnaitre que depuis 1986, il était. Mais j’ai du faire le deuil de mes habitudes dès le départ pour beaucoup de bonnes raisons :

  • Le démarrage est vraiment ‘high-profile’ : au lieu d’être un enfant innocent vivant une vie assez rurale, Link se réveille dans un sarcophage high-tech appartement à une civilisation disparue et manifestement très avancée scientifiquement. Link est déjà un héros reconnu mais qui a été vaincu par Ganon il y a 100 ans. 
  • D’emblée on nous confie une sorte de tablette tactile qui vient encore renforcer ce côté anachronisme. Pour peu, je me sentais comme dans Horizon Zero Down, au sein d’un creuset. Fascinant comme les deux studios de jeux vidéo ont abouti à la même création alors qu’ils sont sorti en 2017 à un mois d’écart. D’ailleurs, le monde a été ravagé par un cataclysme dans les deux cas et nous explorons les ruines après une longue période de temps. 
  • Au démarrage, on sort d’un très bref couloir qui m’a un peu fait craindre le pire (oh non, un niveau souterrain). Crainte largement injustifiée car ce Zelda n’a absolument aucun couloir : l’ensemble de son monde est construit sous la forme d’un gigantesque et fabuleux Open World dans lequel le moteur physique permet de courir, nager, sauter, planer, escalader, jouer avec le vent, la glace et autres contraintes météorologiques (la pluie est votre ennemie en compliquant l’escalade et la première fois que la foudre vient frapper votre arme en métal, ça fait drôle). 

Et très vite, le souterrain fait place à la vision incroyable du monde qui s’ouvre à nous. Le jeu nous fait une promesse : celle de pouvoir explorer chaque centimètre de ce monde, immense, varié et mystérieux. Diantre, ça donne envie de partir à l’aventure !

Prélude

Bon par contre je suis en slip et équipé d’une branche d’arbre donc il va falloir patienter un peu avant de s’élancer sur la montagne de magma que j’aperçois au loin ou pour aller au Château d’Hyrule qui semble être hanté par un démon assez impressionnant, même vu à 14 kilomètre. Même pour aller voir la créature volante absolument gigantesque que j’aperçois à l’horizon et qui attise ma curiosité, je sens qu’il va me falloir plus que mes trois petits cœurs et ma barre d’endurance. 

Les équipes de Nintendo Entertainment Planning and Development ont eu la bonne idée d’intégrer un tutoriel géant habilement inséré dans les premières heures de jeu. Celles-ci sont artificiellement circonscrites au sein du bien nommé “Plateau du Prélude” : une zone assez vaste, sans être non plus déroutante, dans laquelle nous sommes amenés à découvrir les mécanismes de ce nouveau Zelda. 

C’est perturbant au début de s’auto-limiter en présence d’une grotte barrée par des planches. Tu te dis que tu vas devoir mémoriser l’endroit et revenir une fois avoir fait main basse sur de bonnes vieilles flèches de feu, comme je l’aurai fait dans n’importe quel autre opus de la série. Et bien ici, il est possible de se frayer un chemin dès le départ en s’appuyant avec l’excellent moteur physique du jeu. J’ai ainsi pu enflammer une flèche en bois au contact avec un feu de camp et tirer dans les planches (sans trop y croire au début) pour avoir l’immense satisfaction de les voir s’enflammer et de me laisser accéder au précieux trésor précédemment inaccessible. J’aurai aussi bien pu enflammer mon arme de la même manière – si celle-ci était en bois, ou encore planter une arme en métal devant la planche pour attendre qu’un orage surgisse et finit par provoquer un éclair venant au contact de l’épée pour voir s’embraser la planche. Sans compter l’usage de tonneau explosif… bref, à chaque problème il existe un nombre incroyable de solutions basées sur l’environnement. C’est une énorme source de satisfaction et cela pousse le joueur à être créatif et innovant : excellent entraînement pour la vie perso & pro ! 😉 

Les mécanismes surprenants sont loin de s’arrêter là et dès le début, le jeu nous enseigne une autre facette très intéressante du jeu : la cuisine. Chaque ennemi, animal, végétal ou minéral est une source d’ingrédients que l’on peut collecter. Certains sont très rares, d’autres ne sont disponibles qu’à certain moment de la journée ou selon la météo. Il est possible de combiner ces ingrédients pour créer des centaines de plats et potions différentes, avec des effets biens utiles pour s’adapter à ce monde très réaliste. Par exemple, un papillon gla-gla vous permettra de créer un remède vous permettant de lutter contre les fortes chaleurs et ainsi de traverser le désert Gerudo sans encombre. 

Et ce n’est pas tout en mécanisme innovant : sachez que chaque arme possède une jauge de durabilité et finira donc tôt ou tard par se briser, la rendant inutile. Ce qui a l’air d’être une contrainte forte est un coup de génie. Cela te pousse à utiliser toutes les armes que tu trouves et évite de rester bloqué sur la même super hallebarde de la mort +5 qui est trop puissante. En nous obligeant à apprendre à se battre avec toute sorte d’arme et à être très stratégique dans nos combats (hors de question de se lancer à l’attaque d’une horde de monstre sans 2 ou 3 bonnes armes en stock), il n’y a jamais de lassitude dans les affrontements et ce même après 100 heures de jeu. 

Dernière innovation, la tablette dont Link est équipé est également dôtée de plusieurs fonctions permettant d’interagir avec le monde : polaris, les Bombes, Cryonis et Cynétis. Cryonis permet de générer des blocs de glace dans un élément aquatique, Polaris de saisir les objets en métal en transformant la tablette en aimant géant et Cynétis de figer un objet (ou un ennemi) pour le voir emmagasiner l’énergie cinétique des coups qu’il recevra pendant sa stase, avant de le libérer dans un déchaînement d’énergie pouvant l’envoyer voler très loin. De quoi nous accompagner dans notre exploration qui ne fait que commencer.

Exploration

Après quelques heures, le vaste monde de Zelda BOTW est enfin accessible. Il n’y a théoriquement aucun endroit inaccessible – ce qui est une grande première à ma connaissance dans le monde de Zelda qui était basé sur la logique “pour aller en A tu dois obtenir l’objet X qui te servira à passer l’obstacle 1”. Il est possible, même si extrêmement périlleux, d’aller directement affronter Ganon. Le sentiment de liberté est assez jouissif et le level design est habilement conçu pour que l’on est toujours une récompense dés que l’on se met à explorer les environs. C’est ainsi que l’on passe l’essentiel de son temps : à se balader en suivant son envie en toute liberté et en étant récompensé pour chaque obstacle que l’on va dépasser. Si on s’écarte du chemin pour aller voir un rocher étrange, en le soulevant il y aura souvent un objet à ramasser. C’est très relaxant et cela incite vraiment le joueur à la découverte, à prendre son temps et à créer son propre chemin.

Et c’est un vrai bonheur de voir tout le travail et l’audace conféré à cet opus : chaque arbre, montagne et bâtiment peut être escaladé. Une barre d’endurance fait son apparition pour pouvoir rendre palpitante chaque grimpette et l’on se retrouve à étudier le moindre petit rebord pour faire une pause sans que cela ne soit gênant. Au contraire, c’est un plaisir de s’écarter de la route, de gravir une immense montagne et de contempler l’horizon depuis son promontoire.  D’autant que les graphismes sont superbes, avec une gestion des cycles jour / nuit et météorologique très bien rendue. Preuve que la puissance de la Switch est largement suffisante pour nous faire vivre des aventures intéressantes.

Monter en puissance 

Avec le temps, l’on prend ses repères et on commence à découvrir des villages, relais, sanctuaires et autres ‘donjon’, sous la forme de créatures divines qui viennent dépoussiérer le bon vieux labyrinthe obscure dont on a l’habitude. Rassurez-vous, il y a tout de même quelques labyrinthe old school et surtout un magnifique donjon final sous la forme du château d’Hyrule. Mais ce n’est pas pour tout de suite car il y a tant à faire et à découvrir avant. Chasser les coeurs supplémentaires, agrandir la barre d’endurance, trouver et renforcer les tenues pour mieux combattre et évoluer dans les différents environnements (monts enneigés, désert brûlant ou volcan explosif) ou encore augmenter la capacité de transport du nombre d’arcs, épés et boucliers puis enfin s’équiper correctement. 

C’est assez grisant de pouvoir progressivement dominer des zones hostiles, de pouvoir tenir tête aux monstres les plus redoutables que l’on devait furtivement esquiver en tremblant manette à la main. On prend son temps dans cette phase de jeu pour découvrir tout ce que le monde sauvage de Zelda à à nous offrir. Et surtout, ce monde est une véritable réussite de storytelling environnemental. Il règne une douce mélancolie : tout est tranquille et calme, loin des univers post-apocalyptiques que nous avons l’habitude de voir (Fallout, Métro…). A ce titre, c’est certainement beaucoup plus réaliste au final, la nature reprend ses droits lentement et les survivants se réorganisent lentement au travers de petites communautés autonomes. 

Le jeu nous pousse d’ailleurs à explorer ce monde, à retrouver la mémoire au travers de souvenirs à débloquer en revenant sur les traces de Link et des autres prodiges lors de la guerre qu’ils ont perdu contre Ganon il y a 100 ans. De quoi impliquer fortement le joueur et nous donner envie de nous venger !

Vaincre Ganon 

Après toutes ces aventures, ces rencontres et tout l’équipement accumulé, il est tant de partir à l’assaut final du Château d’Hyrule. Donjon construit avec brio et accompagné d’un remix angoissant des musiques des “anciens Zelda”, ce dernier niveau avec ses multiples salles cachées, sa surface immense et son challenge relevé en font un incroyable cadeau d’adieu. La rencontre finale avec Ganon est efficace, sans être aussi marquante que le reste. 

Mais ce n’est pas grave, car une fois le démon repoussé, il est possible de continuer à explorer ce merveilleux monde et ses 2 DLC, de très bonne qualité, avant peut être de retenter le voyage dans le mode de difficulté expert.

J’ai été conquis par ce jeu, son ambiance et sa proportion à nous laisser jouer comme bon nous semble, à nous pousser à être créatif.t Vivement la suite le 12 mai 2023 !

10/10